
Une personne consulte les prévisions météo sur smartphone,à Paris,le 4 octobre 2023. (FIORA GARENZI / HANS LUCAS )
L'espace peut sembler lointain. Pourtant,il ne concerne pas que les astronautes,comme la Française Sophie Adenot,ou les sondes qui scrutent les confins de l'univers,comme le télescope James Webb. Les activités spatiales sont ancrées dans le quotidien de la population et sont le "prolongement direct des activités humaines sur terre",estime l'Elysée pour faire valoir le sommet international sur l'espace organisé par la France,qui doit se tenirà Paris les mercredi 9 et jeudi 10 septembre. "C'est parce qu'il permet à nos sociétés modernes d'exister que l'espace doit être préservé",ajoute la présidence.
"Chaque jour,nous utilisons une cinquantaine de satellites",affirme auprès de franceinfo Frédéric Adragna,du Centre national des études spatiales (Cnes),l'agence spatiale française. L'une des utilisations les plus connues concerne la géolocalisation,pratique pour trouver son itinéraire à pied,en voiture,ou pour mettre en avant ses performances sportives. En plus du célèbre réseau GPS américain,les principaux systèmes de géolocalisation par satellite sont le réseau Galileo européen,le Glonass russe et le Beidou chinois. Et chacun d'eux compte une constellation d'une trentaine de satellites,souligne Frédéric Adragna.
Afin d'obtenir des données plus fines et des prévisions plus précises,de nouveaux satellites sont régulièrement envoyés en orbite autour de la Terre. Depuis 2022,des satellites météo de troisième génération sont déployés pour obtenir des données en temps réel. L'un d'eux,lancé fin août,doit fournir "des images destinées à la détection précoce des tempêtes violentes à évolution rapide,aux prévisions météorologiques et à la surveillance du climat". Avec des orages plus sévères en raison du réchauffement climatique lié aux activités humaines,il devient indispensable de pouvoir prévenir les populations concernées au plus vite.
Payer avec sa carte bancaire repose aussi sur des activités spatiales. Les satellites jouent "un rôle clé dans la synchronisation des systèmes bancaires internationaux",a expliqué en février Guillaume Schlumberger,expert associé au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques,lié à l'Ecole normale supérieure. "Le système financier international,et le système bancaire en général,sont réglés avec ça [les satellites]. Les bourses seraient bloquées et on ne pourrait pas retirer d'argent aux distributeurs ou payer par carte [si les satellites ne fonctionnaient pas]",avait également mis en avant auprès de franceinfo,en 2024,Quentin Verspieren,coordinateur au sein de l'agence spatiale européenne (ESA). Regarder en direct un match de foot,un concert à l'autre bout de la Terre,ou s'informer peut aussi passer par l'espace.
Les activités spatiales posent une partie des fondements des sociétés modernes. La synchronisation de l'heure mondiale,dans laquelle sont impliqués les satellites,a également des implications énergétiques. En effet,le temps universel utilisé par les systèmes bancaires permet aussi de gérer les réseaux de distribution de l'électricité,pointe Frédéric Adragna : "C'est totalement transparent pour l'utilisateur mais les transitions qui ont lieu entre le réseau français et les réseaux des pays voisins doivent se faire à la microseconde près,sinon cela engendrerait des tensions incroyables." Sans les systèmes spatiaux,"l'ensemble du réseau électrique se retrouverait instable avec des pannes et des black-out aux conséquences imprédictibles pour l'économie et la société",met en garde la DLR. "En creux,cela signifie que si Galileo et le GPS se cassent la figure,nous nous retrouvons avec plein de problèmes",remarque Frédéric Aragna.
Mettre une couche à la poubelle,et donc en utiliser des jetables,est également le fruit de travaux menés pour le secteur spatial. La Nasa s'est penchée sur la question des protections pour astronautes après la mésaventure d'Alan Shepard,le premier Américain mis en orbite,rapporte Le Parisien. Le 5 mai 1961,juste après la prouesse du Soviétique Youri Gagarine (le 12 avril de la même année),l'Américain doit décoller pour un vol d'une quinzaine de minutes. Sauf qu'il reste cloué au sol,dans sa capsule Mercury,pendant près de cinq heures,et se retrouve contraint de se soulager dans sa combinaison.
Pour éviter de pareilles déconvenues lors de prochaines missions habitées,l'agence spatiale américaine lance des études pour découvrir le meilleur matériau absorbant afin de retenir l'urine pendant plusieurs heures. Les chercheurs découvrent le polyacrylate de sodium,substance qui se transforme en gel au contact d'un liquide. Des industriels s'inspirent du procédé et donnent naissance au secteur des couches pour bébés. La trouvaille de la Nasa a été utilisée dès les missions Apollo (dans les années 1960-1970) et a servi de base à l'actuel matériau absorbant que les astronautes portent toujours lors des sorties spatiales.
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Moins quotidien mais tout aussi identifié : l'exemple de la couverture de survie,développée dès les années 60 par la Nasa. Il s'agissait,à l'origine,de protéger "les satellites soumis à de très fortes variations de températures quand ils sont face au Soleil ou face à l'univers froid",expose Frédéric Aragna. Des études ont montré que la couleur la plus chaude n'était pas le noir mais le doré,et que la couleur la plus froide n'était pas le blanc mais l'argenté",ajoute-t-il. Selon Frédéric Aragna,"des exemples de transfert de technologie comme celui-ci,il en existe des dizaines". Mais ils ne surviennent qu'à la marge et ne représentent pas l'objectif premier des recherches en micropesanteur et des missions d'explorations spatiales.